Le carnet d'Intima
29 January 2026
Longtemps associée à la lingerie basique, cette matière revient aujourd’hui sur le devant de la scène, non plus comme une simple évidence fonctionnelle, mais comme un choix signifiant, presque manifeste, porteur d’un nouveau rapport au corps et au vêtement.
Les bureaux de style préconisent le retour du naturel
Dans ses cahiers Life & Style, Nelly Rodi met en avant une aspiration croissante à des matières dites “vraies”, à la fois sensorielles et porteuses d’un rapport plus intime au vêtement, traduisant un besoin de reconnexion au corps et à l’émotion. Cette tendance valorise des fibres authentiques qui parlent autant au toucher qu’à la sensibilité, parmi lesquelles le coton occupe une place privilégiée. Peclers Paris observe, dans le même temps, une montée en puissance des textiles d’origine végétale — lin, chanvre ou coton régénéré — décrits comme les matières-phares d’une mode plus responsable et plus hédoniste, où le toucher et la sobriété deviennent des arguments esthétiques aussi déterminants que durables.
WGSN souligne de son côté que la quête de qualité, de traçabilité et de douceur entraîne un recentrage sur des fibres perçues comme rassurantes, capables de concilier confort quotidien et engagement environnemental. Chez l’ensemble des bureaux de style, le message converge : la naturalité n’est plus un simple effet de mode, mais un mouvement de fond, qui encourage les marques à redonner au coton une place stratégique dans leurs collections.
Une matière rassurante
Plusieurs marques emblématiques ont pris acte de cette évolution et ont choisi de redonner au coton une visibilité assumée au sein de leurs collections. Louisa Bracq, avec la ligne Joy, signe ainsi sa première entrée en coton, en travaillant la matière à travers une broderie végétale et un galon qui reprend un geste artisanal, dans une interprétation fidèle au style maison tout en adoptant un registre plus naturel. Sans Complexe, avec Romie, propose une lecture plus accessible et quotidienne du coton biologique, en l’intégrant à des formes corsetières emblématiques de la marque, modernisées par des élastiques fantaisie et des détails féminins. Anita, avec la ligne Lia, associe un coton de confort à une dentelle transparente, jouant sur le contraste entre naturalité et sensualité contemporaine. Chantelle, de son coté, rappelle que le coton reste très présent dans son prêt-à-porter, tout en soulignant les limites environnementales du coton conventionnel et en privilégiant des fibres certifiées ou des alternatives cellulosiques comme le Modal ou le Lyocell. Même discours chez Maison Lejaby, qui opte pour le Tencel pour sa ligne Softness afin d’assurer une meilleure stabilité de construction.
Une fibre qui parle à la peau
Si le coton exerce une attraction aussi forte, c’est aussi parce qu’il entretient une relation privilégiée avec la peau, son comportement naturel répondant à des besoins physiologiques que peu de fibres parviennent à satisfaire. Hydrophile, le coton absorbe l’humidité et contribue à maintenir une sensation de sec, ce qui limite les frottements et les échauffements dans les zones particulièrement sollicitées, comme la basque des soutiens-gorges. Cette capacité d’absorption participe au bien-être de la peau, notamment lorsque les températures augmentent ou que le corps est en mouvement. La structure interne de la fibre crée par ailleurs une fine couche d’air qui participe à une forme de régulation thermique.
Le coton accompagne la température du corps plutôt qu’il ne l’enferme, renforçant ainsi l’impression de respiration naturelle souvent évoquée par les consommatrices. À cela s’ajoute une douceur intrinsèque : la section plate et souple de la fibre présente une surface lisse et non abrasive, limitant les frottements avec la peau. Elle contribue ainsi à préserver le confort cutané et à réduire le risque d’irritation, même en cas de port prolongé. Sa nature cellulosique, chimiquement neutre et dépourvue de protéines allergènes, en fait une matière particulièrement bien tolérée par les peaux sensibles.
Une matière qui nourrit le récit
Le coton, aujourd’hui, n’est plus synonyme de basique quotidien : il s’impose comme un véritable vecteur de storytelling. Marques et fournisseurs s’en emparent pour nourrir des récits de patrimoine et de savoir-faire, dans lesquels la matière devient porteuse de sens autant que de valeur.
Chanty Lace, pour sa part, a fait du coton l’un des piliers de son identité : ses dentelles contenant jusqu’à 69 % de coton revendiquent une forme de luxe discret, fondé sur l’authenticité, la stabilité et la longévité. La promesse d’une dentelle qui ne rétrécit pas, ne se déforme pas et conserve sa douceur après de nombreux lavages vient renforcer un discours de qualité durable.
Sivalace s’inscrit dans une approche créative et narrative, en revisitant les codes des “merletti” d’antan à travers des collections où le coton s’exprime dans des bordures et des laizes d’inspiration vintage. Les palettes oscillent entre tonalités naturelles et nuances sorbet, de l’écru au rose poudré, du bleu ciel poudré à des couleurs plus vives.
Fidèle à son héritage suisse, Interspitzen transpose les reliefs et lignes des paysages alpins dans des broderies exclusives, développées pour la capsule anniversaire Cotton Desire de Calida, où la fibre se fait à la fois expressive et profondément confortable.
À travers ces différentes interprétations, le coton devient un matériau identitaire. Il confère au produit une profondeur que les clientes perçoivent instinctivement : celle d’une fibre dotée d’une histoire, d’une origine et d’un imaginaire.
Quand la fibre se heurte aux exigences de la corseterie
Ce retour en grâce ne doit toutefois pas masquer une réalité plus rigoureuse : le coton demeure une fibre contraignante dès lors qu’il s’agit de corseterie structurée. Sa faible élasticité, sa capacité à absorber l’humidité et sa tendance à se détendre sous tension compliquent la construction de bonnets destinés à assurer un maintien dans le temps, en particulier dans les applications pour bonnets profonds ou grandes tailles. Les acteurs du secteur le reconnaissent sans détour : lorsque la performance mécanique est centrale, le coton montre rapidement ses limites. Iluna, spécialiste de la dentelle, souligne que le coton se prête difficilement aux structures jacquard ou raschel. Pour obtenir des dentelles réellement fonctionnelles en corseterie, il est souvent nécessaire de recourir à des compositions mixtes, dans lesquelles le coton reste présent mais mélangé à des fibres plus techniques.
Tessitura Colombo partage cette analyse : en corseterie, le coton doit presque toujours être associé à un élastomère afin de garantir tenue, stabilité et confort au porté. Une réalité technique qui ne remet pas en cause la fibre, mais en définit précisément le champ d’expression. Introduite il y a environ cinq ans, la catégorie de dentelles en coton, élastiques comme rigides, fait désormais partie intégrante de la collection de Tessitura Colombo et s’enrichit continuellement de nouvelles propositions stylistiques.
La réponse industrielle : un coton réinventé
Face à ces contraintes, l’industrie des matières développe des réponses hybrides visant à concilier naturalité et performance. Brugnoli ouvre une voie particulièrement intéressante avec Explosive Cotton Plus, un coton transformé grâce à une technologie issue des tissus techniques. La fibre gagne en retour élastique, en stabilité et en précision, ce qui permet de l’envisager sur des silhouettes plus exigeantes, voire sur des usages inspirés du sport ou du yoga. Le coton quitte alors le seul registre du confort pour se rapprocher de celui de la performance.
Eusebio, spécialiste du coton et propriétaire de plantations de coton en Côte d’Ivoire, adopte une autre stratégie, fondée sur la noblesse des mélanges. En associant le coton à des fibres comme le cachemire ou la soie, le fabricant développe des jerseys, interlocks ou éponges destinés au loungewear et au homewear de luxe. Ces matières, issues de l’univers de la lingerie, glissent progressivement vers des pièces d’intérieur portées comme de véritables vêtements, où le coton devient synonyme de douceur haut de gamme.
Dans cette dynamique de coton réinventé, certaines maisons explorent la fibre, non seulement comme un enjeu de performance, mais aussi comme un levier créatif à part entière. Chez Iluna, le coton s’affranchit de son image traditionnelle et organique pour devenir un langage esthétique à part entière. Travaillé dans des tonalités naturelles et off-white, il se déploie sur des surfaces colorées, révélant des motifs de grecques et de guirlandes, avant de se réinventer en micro-dessins géométriques et « millerighe » générant un effet textile inédit, très éloigné des codes traditionnels de la dentelle. Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large de faire évoluer l’expression du coton, en le détachant de son image purement fonctionnelle pour en révéler le potentiel graphique et visuel. Dans cette même logique, Iluna développe pour le PE27 une proposition de dentelles flock avec une teneur en coton supérieure à 50 %, renforçant à la fois la valeur matière, la cohérence esthétique et la singularité du produit.
À travers Brugnoli, Eusebio, Iluna, Chanty, Sivalace, Tessitura Colombo ou Interspitzen, se dessine ainsi une cartographie complète du coton réinventé : une fibre capable de se décliner en versions technique, patrimoniale, luxueuse ou créative, selon les univers de marque.
Les cotons du monde : une palette de possibilités
La richesse du coton s’exprime également à travers sa diversité. Tous les cotons ne se valent pas, et les fabricants de matières exploitent de plus en plus cette palette. Le coton Upland, majoritaire dans la production mondiale, constitue le socle d’une offre robuste et accessible, largement utilisée pour l’underwear basique et le linge de maison. À l’autre extrême, les cotons à fibres extra-longues comme le Pima et le Supima ou le très rare Sea Island, incarnent un luxe textile fondé sur une douceur soyeuse, une brillance naturelle et une durabilité supérieure. Le coton égyptien, avec sa fibre fine et résistante, demeure une référence pour le linge et la lingerie haut de gamme.
Parallèlement, les cotons indigènes introduisent un autre récit, plus proche du slow fashion. En Inde, des variétés comme Kala ou Kapas, souvent cultivées sans irrigation intensive et parfois en polyculture, permettent d’imaginer des tissus à très faible empreinte hydrique, davantage liés à des logiques artisanales qu’à la grande industrie. Phuti Karpas renvoie à l’histoire du muslin de Dacca, cette mousseline légendaire réalisée à partir de fibres extrêmement fines, aujourd’hui réactivée dans des projets de préservation textile. À ces familles s’ajoutent le coton biologique, encadré par des certifications comme GOTS, ainsi que le coton recyclé, issu de déchets post-industriels ou post-consommation, qui répond aux attentes d’une mode plus circulaire. Pour la lingerie, cette diversité constitue un véritable réservoir de récits et de positionnements, où chaque coton peut devenir un marqueur de gamme, de valeur ou de style.
Entre désir de naturalité et impératifs de performance
L’avenir de la corseterie et de la lingerie ne se jouera sans doute pas dans une opposition entre coton et synthétiques, mais dans une articulation plus fine entre ces deux univers. Un coton enrichi, transformé, mélangé et revisité par la technologie, mais qui conserve ce qui fait sa force première : une proximité presque instinctive avec la peau et un imaginaire de naturalité auquel les consommatrices restent profondément sensibles. Revenu au centre du jeu, le coton n’incarne pas un retour en arrière, mais une matière en réinvention, à la croisée de l’innovation textile et du désir croissant de reconnecter la lingerie à des sensations plus simples et plus vraies.
Le coton cultivé en laboratoire
Climate tech, company américaine, fondée en 2019 à Boston, Galy développe un coton issu de l’agriculture cellulaire, cultivé en laboratoire à partir de cellules végétales de coton. Cette technologie permet de produire une fibre aux propriétés équivalentes au coton conventionnel, tout en réduisant drastiquement son impact environnemental : jusqu’à 99 % d’eau en moins, 97 % de surface agricole économisée et une baisse significative des émissions de CO₂. Encore en phase de montée en échelle pré-industrielle, cette innovation amont ouvre la voie à une production de coton plus stable, entièrement traçable et mieux armée face aux aléas climatiques.
Les cotons naturellement colorés
Les cotons naturellement colorés sont des fibres dont la teinte est intégrée dès la croissance de la plante, sans recours à la teinture. Leur palette se décline dans des nuances douces et organiques — écru, beige, brun, chocolat ou vert kaki — avec de légères variations d’une récolte à l’autre, qui font partie intégrante de leur identité. Cette gamme chromatique volontairement limitée devient un marqueur esthétique à part entière, exprimant une naturalité visible et une sobriété assumée, particulièrement recherchées dans les univers du confort, de l’intime et du homewear.
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