Textiss élargit son offre Pierre Cardin aux sous-vêtements féminins, avec une collection permanente destinée principalement à la grande distribution. Nicolas Fouchet, dirigeant et actionnaire de Textiss chargé de l’international, revient sur les choix de produit et de distribution qui accompagnent ce développement européen.
Créé en 2001, Textiss développe et distribue des produits textiles, avec l’underwear et les chaussettes pour cœur de métier. Le groupe travaille avec un portefeuille d’environ 35 marques, entre marques propres et licences, auquel s’ajoute une activité pour les marques de distributeurs. Présent dans 26 pays, il annonce plus de 1,5 million de pièces de sous-vêtements vendues chaque mois. Grande distribution, enseignes de sport et commerce en ligne composent un réseau dont les besoins orientent à la fois la construction des collections et l’organisation logistique. Avec Pierre Cardin, le groupe déploie aujourd’hui une offre féminine en s’appuyant sur ses partenaires européens déjà actifs dans l’homme.
Après l’homme, quelle offre souhaitez-vous construire avec Pierre Cardin au féminin ?
Nous voulons accompagner la femme au quotidien, avec des produits simples, des formes, des coupes et des matières actuelles. Nous avons déjà une expérience du sous-vêtement féminin avec Freegun et Umbro, ainsi que des stylistes et des modélistes qui connaissent ce produit. Nous restons toutefois dans l’underwear : la corsetterie exige un savoir-faire spécifique et relève de réseaux différents des nôtres. La collection est proposée en tailles S à XL, sans gradation par bonnets.L’offre se construit autour du coton et de la microfibre : culottes, notamment en lots de trois, brassières avec coques amovibles, débardeurs, seamless et seconde peau. Nous avons commencé par le coton et développons progressivement les autres familles, avec du shapewear en préparation. Le socle est permanent. Chaque saison apporte des couleurs et des références supplémentaires pour renforcer notre présence dans les rayons. Nous avons consacré une année à la mise au point du produit, avec plusieurs déplacements en usine, avant de lancer l’offre.
Quelle place cette ligne féminine doit-elle trouver dans l’offre de vos distributeurs ?
Nous apportons un nom connu, une qualité de produit et des prix que nous voulons justes. Les premiers lots de trois culottes ont été accueillis par nos partenaires qui distribuaient déjà Pierre Cardin homme et ont commencé à tester la femme. Notre fonctionnement repose beaucoup sur des prix nets. Avec une nouvelle offre, nous pouvons construire les conditions commerciales en fonction du marché actuel, sans reprendre toute une organisation accumulée au fil des années.


Quels marchés portent le développement de Pierre Cardin, et comment organisez-vous cette expansion ?
L’Allemagne est notre premier marché pour Pierre Cardin, devant la France. La marque bénéficie également d’une présence importante en Pologne. Le regard que portent certains acheteurs sur elle en France ne reflète pas toujours sa force auprès des consommateurs, en France comme dans le reste de l’Europe. Son retour dans le calendrier officiel de la Fashion Week et sa visibilité médiatique contribuent aussi à renouveler son image. Notre priorité est de renforcer notre position sur le marché européen. Mais toutes nos licences ne couvrent pas les mêmes territoires : l’internationalisation passe donc aussi par l’acquisition de droits. Avec Pierre Cardin, nous avons commencé par l’underwear masculin sur la quasi-totalité de l’Europe, puis élargi le périmètre à la femme. Pour accompagner ce développement, il faut disposer de partenaires dans les différents pays.
Dans quels circuits la ligne féminine sera-t-elle distribuée, et quelle place prévoyez-vous pour la vente en ligne ?
Les grandes surfaces spécialisées et alimentaires occupent une place prépondérante dans notre distribution, avec notamment Spar et Kaufland pour le déploiement de l’offre féminine. Les grands magasins ne sont pas une cible prioritaire à ce stade. Les points de vente physiques doivent rester largement majoritaires. Pour nous, un équilibre raisonnable se situe autour de 20 % maximum en ligne. Nous travaillons également avec Amazon, Zalando et laredoute.fr, mais nous avons une forte présence en magasin.

Dans vos échanges avec les distributeurs, qu’est-ce qui compte aujourd’hui le plus ? Les priorités ont-elles changé ces dernières années ?
Cela dépend des clients. Certains recherchent surtout un prix et une promotion, d’autres privilégient le service et un réassort rapide. Ces attentes n’ont pas fondamentalement changé : il faut toujours réunir un prix adapté, une marge suffisante et une livraison dans les délais. Ce qui a changé, c’est la pression sur les coûts et les marges, qui laisse moins de place aux intermédiaires. Nous travaillons avec des partenaires de plus en plus intégrés. Auparavant, nous pouvions envoyer la marchandise à un distributeur qui la stockait et la livrait dans son pays. Aujourd’hui, nous conservons davantage de stock pour lui et lui accordons des lignes de crédit plus importantes. Notre rôle financier et logistique se renforce. À cela s’ajoute l’allongement des délais de transport. Nos clients connaissent ces difficultés, mais ils doivent avoir leurs produits au bon moment. La complexité vient de là : assurer le même service, dans les différents pays, avec moins de marge de manœuvre.
Comment avez-vous fait évoluer vos approvisionnements, et quelle logique guide vos choix de production ?
Nous avons établi une cartographie de nos fournisseurs et des risques, puis diversifié les lieux de production. Nous sommes notamment allés en Turquie et en Pologne pour consolider nos relations et développer de nouveaux produits. Nous travaillons également avec l’Inde et le Pakistan depuis de nombreuses années. La Chine reste toutefois une référence technique et économique pour nos catégories. Nous y avons des bureaux, des équipes qui connaissent très bien les usines et des relations anciennes de plus de 20 ans pour certaines. Cette proximité compte beaucoup. Notre usine partenaire principale est certifiée Oeko-Tex STeP, et notre traçabilité repose sur des partenaires que nous suivons depuis de longues années. Nous maintenons donc des lignes de production dans d’autres pays et les faisons progresser pour atteindre une qualité comparable. Une alternative se construit dans la durée : elle doit pouvoir répondre aux mêmes exigences lorsque nous en avons besoin.
Qu’attendez-vous d’une licence comme Pierre Cardin, et comment travaillez-vous avec la maison sur les collections ?
Tout dépend de la vitesse à laquelle on souhaite se développer. Travailler avec une marque connue permet de s’appuyer sur un nom et une image déjà installés : ce sont des années de construction de marque gagnées. Un créateur qui porte sa propre vision du produit peut préférer développer sa marque, mais la démarche et le temps nécessaire sont différents. Nous sommes en contact permanent avec le bureau des licences de Pierre Cardin. Les échanges portent notamment sur la validation des produits et les couleurs de la saison, avec de nombreuses rencontres dans l’année. La maison a une longue expérience de ce fonctionnement : les échanges sont rapides et l’organisation efficace.


Face aux acteurs de la fast fashion, sur quoi une offre comme Pierre Cardin peut-elle faire la différence, pour le consommateur comme pour le distributeur ?
Face à la fast fashion, on ne cherche pas à courir après la tendance ou le prix le plus bas. Notre atout, c’est d’abord la marque. Pierre Cardin parle à toutes les générations, et sur un achat aussi utilitaire qu’un boxer ou une culotte, le consommateur a besoin d’un repère. Il sait ce qu’il achète. Ensuite, il y a le rapport qualité-prix. Nous restons accessibles, mais nos produits sont faits pour durer : des matières qui tiennent, du confort, des coupes qui ne bougent pas au lavage. L’idée, c’est d’acheter moins souvent, mais mieux. Il y a aussi la question de la production. Les consommateurs attendent de plus en plus de transparence et de responsabilité, et c’est exactement l’inverse du modèle jetable de la fast fashion.
Enfin, le contexte évolue dans le bon sens. On commence à ressentir les premiers effets protecteurs des nouvelles normes françaises et européennes. C’est le fruit d’un combat mené pendant des années, avec beaucoup de courage, par nos fédérations et par certains dirigeants très engagés. Cela permet de rétablir des règles du jeu plus équitables pour les acteurs qui investissent dans la qualité et dans une production responsable.








