Le fer : probablement le dernier matériau auquel on penserait pour un artiste issu de l’univers de la mode… Et pourtant, dans Trame de Ferro e Memoria, sa première exposition personnelle à Milan, Roberto Miglietta démontre comment cette matière industrielle peut se transformer en quelque chose d’inattendu : léger, délicat, presque textile.
Un artiste façonné par le textile
Né en 1955 près de Lecce, Miglietta a longtemps évolué dans l’industrie textile des Pouilles, dans la “botte de l’Italie”, région connue pour ses fibres naturelles, sa dentelle au fuseau et ses broderies traditionnelles. De cet héritage, il conserve la précision du geste, le sens du détail et ce rapport intime à la matière qui caractérise les grands artisans. Après avoir ouvert un showroom via Montenapoleone à Milan, il navigue entre design, décoration et restauration.
Du fil au fer
Aujourd’hui, l’artiste transpose l’art textile dans des œuvres étonnamment tactiles. « Je plie le fer comme un couturier drape un tissu », dit-il. Le confinement marque un tournant : il se détourne du textile pour expérimenter le marbre, le fer mais aussi le bois d’olivier récupéré dans la région du Salento, en Italie. Par strates superposées, il crée visages et silhouettes, jouant de la lumière et des ombres pour produire profondeur et relief.
Sur les trames de la mémoire
En 2025, Miglietta présente à Milan sa sélection Trame di Ferro e Memoria, d’abord au salon White puis à l’Hilton Hotel. Chaque pièce se situe entre la délicatesse de l’atelier et la force de l’atelier métallique, rendant hommage aux créateurs italiens qui ont marqué son imaginaire.
Ode à la mode italienne
L’hommage à Roberto Capucci (2024) prend la forme d’un double panneau en fer peint, d’où émergent des roses sculptées. La rigidité du métal y devient drapée. Avec Abito rosso (2022), inspiré d’une robe de Gianni Calignano portée par la top-modèle Agnese Zogla, muse de Giorgio Armani, la soie devient bois et le coton devient fer. La jupe, construite par la répétition d’un module unique, évoque une onde en mouvement. L’hommage à Gianfranco Ferré (2025) clôt le triptyque : un corsage peint à l’acrylique, enrichi de sable et de poudre de café, dialogue avec une jupe faite de lamelles métalliques qui structurent le mouvement.
Lumière, ombre et transformation
Au-delà de la mode, Miglietta explore les figures et les scènes intimes. Vaso di Fiori (2023) et Ritratto (2023, intitulé Ginevra dans la série originale, en hommage à la fille de l’artiste), témoignent de son usage subtil de la lumière dans ce “Jeux d’ombre”, véritable signature de l’ensemble de son œuvre. Dans Nel segno del tempo (2022), bois d’olivier, fer et pigments s’unissent pour exprimer le passage du temps. Le bois d’olivier, ravagé dans sa région par la Xylella, devient ici matériau de mémoire et de renaissance.
Silhouettes de fer
La série Silhouette di ferro révèle des figures dont le fer, parfois peint, parfois laissé nu, change avec le temps et s’oxyde comme une peau qui vieillit. Dans Camminante, une silhouette citadine coiffée d’un chapeau et chaussée de sneakers semble entrer dans le tableau. Dans Allucinazione, un pull vert paraît entièrement métallique, mais dissimule un fragment de tronc d’olivier. Les éclairages mobiles multiplient les effets visuels.
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